Si c’est un millésime*, c’est qu’il est bon ?

Je viens d’arriver de la cité des sacres, de Reims, en Champagne-Ardenne. Et la nuit dernière j’ai été accueilli par une bouteille de 1974 de la Maison Deutz versée pour moi par mon ami Albert. Comme vous le savez sans doute, 1974 a été une mauvaise année pour le champagne – et pour les vins de Bourgogne et de Bordeaux aussi. Bien que nous étions sur une attente incertaine et que cette année paraissait moins spectaculaire en Champagne, le but était de fêter l’année 2010 avec encore plus de bulles !

Plaisir du palais

Après avoir préparé notre dégustation et fait une promenade dans la campagne hivernale (que c’est beau sous les flocons), nous restés étonné de ce que ce champagne a révélé. Quand bien même l’année 1974 semble être médiocre, ce vin était pourtant merveilleux: frais, vif et dynamique, il a été remarquablement délicieux à boire, même après 36 ans d’âge, à partir d’un millésime de m…. Était-ce vin d’une extrême complexité ? Non, il n’était pas. Mais était-il satisfaisant ? Très, voire surprenant.

Après réflexion…

En reprenant la route, parfois dure à pratiquer pour cause de verglas, tout cela m’a fait réfléchir à comment nous, les consommateurs, considèrent l’idée de millésime. Trop souvent, les consommateurs ne choisissent que le « meilleur » champagne «  vintage » – le plus mûre, le plus grand, la meilleure année – et nous ignorons le reste.

De cette remarque, je me dis qu’il serait préférable, de classer, d’afficher, la qualité des millésimes comme chacun possédant son propre caractère, et sa manière d’être dégusté. Même au-delà, je pense que c’est le cas de champagnes et de grands vins mémorables que j’ai pu déguster comme certains millésimes méconnus : 1974 « Grand Blanc de la Maison Philipponnat » (assemblé exclusivement à partir de Chardonnay), 1978 « Cristal de la Maison Roederer », 1980 « Le Clos des Goisses de la Maison Philipponnat », 1991 « Vilmart Coeur de Cuvée », pour n’en nommer que quelques uns.

Si l’on s’entretient avec certains Champenois (même d’adoption par la bulle) en privé, je suis certains d’en trouver pour admettre que certains des soi-disant petits millésimes ont résisté beaucoup mieux au temps que les très grosses bulles. Un vieil ami œnologue m’a d’ailleurs raconté qu’il a eu une fois un privilège énorme, lorsqu’on lui a servi un délicieux et vivant champagne de la Maison José Michel datant de 1956 ! A priori remarquable sur sa fraîcheur, je lui ai demandé comment cela pouvait se comparer à la très remarquable année 1959 ? « Le 1956 a beaucoup mieux vieilli ! » dit-il. (A ce propos si vous ne savez pas conserver votre champagne, consultez cet article à ce sujet)

Presque deux siècles et toujours intéressant !

Petit rappel datant de 2009 pour ceux qui auraient loupé cette information étonnante, la plus vieille bouteille de champagne, un Perrier- Jouët datant de 1825, avait été bue par des experts. La bouteille de 184 ans (à ce moment là) recelait un nectar bien meilleur que de nombreux champagnes actuels, avec des notes de truffe et de caramel ! La plupart des bulles avaient disparu ! Mais les experts ont signalé que le goût était très intéressant même si à l’époque, les vins étaient plus sucrés, ce qui correspondait aussi aux goûts des contemporains. Plusieurs spécialistes expliquent que c’est le taux de sucre qui serait d’ailleurs la clef de cette conservation incroyable !

Enfin, si le vin de champagne est aussi sensible au temps, c’est que nous oublions parfois qu’il est vivant et que l’appellation, le type de cépage et surtout l’année d’un champagne ne sont pas aussi fixes que nous le croyons. Alors n’hésitez pas lors de vos achats champagne de vous fier aussi à votre envie de découverte et de vous orienter vers des années parfois critiquées. Peut-être que vous découvrirez de merveilleux champagnes à des prix sympathiques.

* « Millésime » : C’est un assemblage de vins provenant de Crus et Cépages différents mais provenant essentiellement d’une année exceptionnelle.